
Pourquoi j'ai quitté la fac
Janvier 2025. J'avais 20 ans. J'étais encore en fac.
En réalité, j'étais déjà ailleurs.
Je venais en cours. J'ouvrais mon ordinateur. Le professeur parlait. Moi, je travaillais sur mes projets. Je ne faisais même plus semblant d'écouter. J'avais arrêté depuis longtemps. Je venais pour le badgeage. Pour valider une présence. Pour maintenir l'illusion que je suivais quelque chose.
Le moment précis
C'était un mardi après-midi. Amphithéâtre de cent cinquante personnes. Le cours portait sur quelque chose que j'ai oublié cinq minutes après. Je regardais mon écran. J'avais un projet qui avançait. Un truc concret. Quelqu'un m'avait envoyé un message : "C'est cool ce que tu fais."
Et là, dans cet amphi, j'ai senti une fracture.
Je n'étais pas présent. Pas mentalement. Pas émotionnellement. J'étais un corps qui attendait que le temps passe. Pendant que quelque chose d'autre me demandait toute mon attention.
Je me souviens du sentiment exact : de la trahison. Pas de la fac. De moi-même. Je trichais sur les deux tableaux. Je ne donnais rien à la fac. Et je ne donnais pas tout à mon projet parce que la fac prenait quand même du temps. De l'énergie. De la culpabilité.
Ce qu'on ne te dit pas sur partir
Personne ne te prépare au silence après.
Tu imagines des feux d'artifice. Une décision claire. Un nouveau départ. Ce n'est pas ça.
C'est un email à tes parents. C'est leur pause au téléphone. C'est "tu es sûr ?" répété trois fois. C'est le regard de tes amis qui continuent leurs cours. C'est la sensation étrange de ne plus avoir de badge. De ne plus appartenir à une structure.
La structure, même quand elle t'étouffe, elle te tient.
Sans elle, tu flottes. Tu dois décider de tout. Quand te lever. Où travailler. Ce qui compte aujourd'hui. Plus personne ne te dit quoi faire. C'est exactement ce que tu voulais. Et ça fait peur.
Pourquoi c'était la bonne décision
Mars 2025. Deux mois après être parti.
Je travaillais douze heures par jour. Pas parce qu'on me le demandait. Parce que je ne pouvais pas m'arrêter. Parce que pour la première fois, chaque heure servait quelque chose que j'avais choisi.
Ce n'était pas facile. J'avais moins d'argent. Beaucoup moins. Je mangeais des pâtes trois fois par semaine. Je ne sortais presque plus. Mes amis parlaient de partiels. Je parlais de conversion. On ne se comprenait plus.
Mais j'avais une clarté que je n'avais jamais eue.
La fac me demandait de réussir dans un système que je n'avais pas choisi. Un système où la réussite, c'était un diplôme. Un concours. Une note. Je n'avais jamais su quoi faire de ces choses.
Dehors, la réussite était simple : est-ce que quelqu'un trouve ce que je fais utile ? Est-ce que ça marche ? Si non, j'essaye autre chose. Si oui, je continue.
C'était brutal. Mais c'était vrai.
Ce que j'aurais fait différemment
Je ne dirais pas à tout le monde de quitter.
Ce n'est pas une vérité universelle. C'est une vérité personnelle. J'ai quitté parce que je savais déjà ce que je voulais construire. Parce que j'avais des preuves — petites, mais réelles — que ça pouvait marcher. Parce que rester me coûtait plus cher que partir.
Si tu ne sais pas ce que tu veux faire, partir ne t'aidera pas. Le vide n'invente rien. Il angoisse. Il paralyse.
Si tu sais, mais que tu attends le bon moment — il n'existe pas. Je n'avais pas de plan. J'avais juste une conviction que je ne pouvais plus ignorer.
Le shift
Quitter la fac n'est pas un acte de rébellion.
C'est un acte d'honnêteté.
C'est admettre que tu ne crois plus à ce que tu fais. Que tu ne peux plus investir ton temps dans quelque chose qui ne te ressemble pas. Que tu préfères le risque du vide à la sécurité de l'étouffement.
Ce n'est pas courageux. C'est juste nécessaire.
Parfois, continuer coûte plus cher que tout lâcher.
Parfois, la seule façon de trouver ce que tu cherches, c'est de sortir de la pièce où on t'a dit de rester.
Ce que j'ai appris en quittant ? Que la peur de la liberté est plus forte que la peur de la prison. La prison, au moins, est prévisible. Tu sais où sont les murs. La liberté, c'est un champ infini sans sentier. Tu dois construire ton chemin en marchant. C'est épuisant. C'est terrifiant. C'est la seule façon de découvrir qui tu es quand personne ne te dit quoi faire.
— Ilyass