
Comment j'orchestrais 3 agents sans chaos
Tu lances un agent. Il fait ce que tu veux. Tu en ajoutes un deuxième. Ça se complique. Tu en ajoutes un troisième. C'est le chaos.
Les boucles infinies. Les blocages. Les résultats qui ne correspondent à rien. Les instructions qui s'allongent. Les règles qui se contredisent.
Je connais. J'ai passé trois mois là-dedans.
Février 2025
Février 2025. Mon système avait trois agents. Un qui rédigeait, un qui relisait, un qui formatte. Théorie élégante. Pratique catastrophique.
L'agent rédacteur sortait un texte. L'agent relecteur le rejetait pour des raisons différentes à chaque fois. L'agent formateur attendait un format que le rédacteur ne connaissait pas. Ils tournaient en boucle. Se bloquaient. Produisaient des logs interminables et aucun résultat utilisable.
J'ajoutais des règles. Des instructions. Des garde-fous. Plus j'ajoutais, plus c'était lent. Plus c'était lent, plus c'était fragile. Plus c'était fragile, plus j'ajoutais de règles.
Le problème
Le problème n'était pas technique. C'était architectural. Je construisais un château de cartes et je m'étonnais qu'il s'effondre.
Voici les cinq règles que j'ai apprises en cassant tout.
Règle 1 : un agent = une décision.
Pas une tâche. Une décision. Si ton agent fait trois choses, il en fera mal deux. Coupe-le en trois agents plus simples. Ou accepte qu'il ne fasse qu'une chose. Mais ne lui demande pas d'être intelligent et polyvalent. Il ne l'est pas.
Règle 2 : le contrat avant le code.
Avant d'écrire une ligne de prompt, écris ce que l'agent reçoit, ce qu'il décide, et ce qu'il rend. Pas de document de 20 pages. Une phrase. Clair. Testable. Si tu ne peux pas l'écrire en une phrase, tu ne comprends pas ce que tu demandes.
Règle 3 : pas de boucle sans humain.
Si deux agents peuvent se renvoyer la balle indéfiniment, ils le feront. Toujours. Mets un compteur. Ou un seuil. Ou un humain dans la boucle. N'espère pas que l'IA s'arrête toute seule. Elle ne sait pas quand elle a assez itéré.
Règle 4 : la surveillance n'est pas optionnelle.
Tu ne peux pas déboguer ce que tu ne vois pas. Chaque agent doit dire ce qu'il fait. Pas pour toi. Pour le prochain agent. Et pour toi quand tout plante à 3h du matin et que tu dois comprendre pourquoi.
Règle 5 : commence par un seul agent qui marche.
Pas trois qui marchent mal. Un qui marche bien. Puis un deuxième qui s'intègre au premier. Puis un troisième. L'orchestration n'est pas un lancement. C'est une construction progressive.
Le chaos n'est pas un bug de l'agentique. C'est le défaut.
Plus tu ajoutes d'agents sans structure, plus tu augmentes la complexité combinatoire. Et la complexité, c'est l'ennemi de la fiabilité. Un système complexe qui marche est un système qui ne marche pas encore assez longtemps.
Tu n'as pas besoin de 12 agents.
Tu as besoin de 2 ou 3 qui se comprennent parfaitement. Qui ont des frontières claires. Qui ne se marchent pas dessus. Qui savent exactement ce qu'ils doivent rendre et ce qu'ils doivent recevoir.
Le chaos dans les systèmes multi-agents vient d'une croyance fondamentale : que plus d'intelligence artificielle égale plus d'intelligence. C'est faux. Plus d'agents égale plus d'interfaces. Plus d'interfaces égale plus de friction. Plus de friction égale plus de défaillance. L'intelligence d'un système ne vient pas du nombre de neurones artificiels. Elle vient de la clarté de son architecture.
Un système à trois agents mal orchestrés est moins efficace qu'un seul agent bien conçu. C'est la loi de la complexité : chaque composant que tu ajoutes multiplie les points de défaillance. Pas les additionne. Les multiplie. Et à un moment, le système s'effondre sous son propre poids. Pas parce que les agents sont mauvais. Parce qu'ils ne savent pas se parler.
Un système à trois agents qui se comprennent vaut mieux qu'un système à dix agents qui se parlent en langues étrangères. La clarté de la communication bat la complexité de l'architecture à chaque fois. Chaque agent doit savoir exactement ce qu'il reçoit et ce qu'il rend. Pas approximativement. Exactement.
Le shift
Le shift : l'orchestration n'est pas un problème de technologie. C'est un problème de design. Et le design commence par ce que tu refuses de faire, pas par ce que tu ajoutes.
Un système simple qui marche vaut mieux qu'un système complexe qui impressionne.
Et un système complexe qui impressionne mais qui plante à 3h du matin ne vaut rien du tout.
— Ilyass